lundi 6 février 2012

San Blas et Kunas

Hé ! Du bateau ! Vous êtes où ? Toujours aux San Blas… mais toujours pas Internet. Heureusement qu'il y a des Poloch pour me secouer les puces et me faire prendre le clavier :) Et non Elmire, on s'est pas fait attaquer par des pirates ! Voici quelques lignes à vous mettre sous la dent, envoyées par téléphone satt, en attendant les photos - vous nous excusez.

Jeudi 5 Janvier, nous quittons enfin Carthagène ! Les pleins d'eau sont faits (3*140L dans les cuves + 200L en bidons ou bouteilles), comme les pleins de gasoil (180L), d'essence pour le dinghy (20L), de bouffe (2 retours du centre-ville en blindant un taxi de sacs cabas, et un appro dans la rue pour les fruits et légumes) ; même la lessive est faite (tutu-lu, tu-tu-tulu). Finies la poussière et l'eau glauque, fini le roulis incessant provoqué par les lanchas qui slaloment à pleine balle parmi les bateaux au mouillage. Il est 11h, on met les voiles… et le moteur aussi. Il n'y a pas de vent, ça n'avance pas !

On arrive en fin de journée aux îles du Rosaire. Méchante frayeur dans le chenal : on voit drôlement bien les coraux au fond, beaucoup trop bien !! 1,7m au sondeur, mince on fait quoi, bâbord ? Blindé de coraux ! Tribord ? Farci de coraux ! non, DEMI TOUUUUR ! (rappelons qu'on a 1,95m de tirant d'eau, donc avoir 1,7m sous le bateau = problème). Bon, on a juste erraflé la quille et eu une bonne suée, rien de grave. A peine l'ancre posée, le capitaine saute à l'eau et examine sa coque. « C'est de la folie ! J'ai jamais vu ça ! ». Le séjour à Carthagène-la-dégueu a transfiguré notre coque : pas un seul cm2 n'est pas occupé par un coquillage. Mobilisation générale, les mousses grattent et grattent sans discontinuer jusqu'à la nuit tombée. Le lendemain « debouts là-dedans » il est 6h, 3 personnes sous le bateau à finir la coque, une qui lave le pont et une qui prépare les sandwich, on va passer la prochaine nuit en mer, direction le Panama.

On fait l'entrée à Puerto Obaldia : 2h de formalités à passer de bureau en bureau et attendre qu'un fonctionnaire recopie à la main les mêmes informations en 9 exemplaires !! 1 pour nous, 1 pour lui, 7 à la poubelle ? Pendant ce temps, Lili enlève les filets de la dorade qu'on a attrapée en route, sans la vider, selon les conseils de Daniel le belge, pratique ! Et Manu mange des noodles, eh oui passé 1 jour et demi de mer à fourmir, il faut bien se nourrir.

Après s'être délesté de quelque 250$ de permis de croisière, on rallie Puerto Perme et on retrouve la ptite famille du cata Wakame dans un mouillage enchanteur, tout à fait paisible. La forêt vierge seule recouvre les montagnes qui s'effacent dans le lointain, et les palmiers tranquilles bordent le rivage de la crique jolie. Il n'y a pas un bruit, sauf peut-être  un froissement de feuilles ou un cri d'oiseau. La fumée d'un villaged'Indiens Kuna s'élève lentement dans le ciel immobile. La nuit tombe sur ce décor improbable.

Nous visitons le village de bon matin, huttes et terre battue ; nous sommes introduits chez Andrés. On visite sa maison qui se compose de 2 huttes, une pour la cuisine, très peu garnie, il n'y a pas de meubles sauf 1 ou tabourets, et une pour dormir où sont suspendus des hamacs. Il nous montre des statuettes-totem : chaque Kuna en possède une, elles ont un rôle spirituel important et on y a recours pour guérir d'une maladie… Les habitants sont curieux et souriants, parfois un peu peureux. Une floppée d'enfants court dans tous les sens à chaque coin de rue. En fait tout le monde nous regarde, c'est à se demander qui visite qui ! On entrevoit des yeux malicieux derrière les palissades de bois, on entend un saila (chef du village) répéter une mélopée d'une voix trainante au rythme du balancement de son hamac, à l'abri de la plus grande hutte. Les femmes mariées sont magnifiques, elles déambulent d'un port altier dans leurs molas, des vêtements faits de pièces de tissus colorés qu'elles superposent, cousent et découpent de manière artistique. Elles portent des colliers de perles aux bras et aux jambes, un foulard sur la tête et comme un paréo en guise de jupe. Les plus vieilles sont généralement celles qui arborent un anneau ou une boule d'or de plus belle taille dans le nez. La société est matriarcale : ce sont les femmes qui possèdent les terres et l'argent et choisissent leur mari. Dans ce premier village, pas d'électricité : Andrés nous demande des piles, de réparer une vieille radio à 2 balles en plastoc qu'un touriste bien intentionné a du laisser. C'est comme le moteur d'annexe 2,5CV qui trône dans sa cour, sauf qu'il ne marche pas et qu'il n'a aucun mais aucun moyen de le réparer, même pas un tournevis, tiens tiens on devine qui a du s'en débarrasser lors d'un précédent passage…De visite sur Jotys, Andrés nous offre une noix de coco (il n'y a pas si longtemps véritable monnaie) et de la canne à sucre, et nous vend un panier qu'il a tressé le matin même. On se balade encore dans la 'plantation' de bananes et palmiers, ma foi bien entretenue.

Nous remontons la côte vers le Nord, Isla Piños, Mamitupu, Aridup. Navigation au près, Jotys marche à 5,5 nœuds pour 12 nœuds de vent malgré son chargement. Au près débridé, il avance à 6-7 nœuds, le Capitaine exprime sa satisfaction : « Ahh, le bateau aime bien cette allure-là ! ».Les villages nous paraissent un peu moins isolés, les habitants parlent déjà plus l'Espagnol, du coup le contact est plus aisé. Les enfants n'arrêtent pas de crier « hola ! » On remarque un panneau solaire par ci par là. On se fait offrir un gros morceau de manioc par un vieux, une mangue verte par une vieille. Une lancha colombienne apporte des vivres : riz, conserves, sucre, et achète en retour des noix de coco, 100 pour 30$. On assiste à une démonstration de presse à canne à sucre, les gens se rassemblent, tout le monde est mort de rire car les garçons Kuna et Français luttent un peu pour mettre en place le savant dispositif. Céline, pour ne pas nous décevoir fait sa blonde et réussit à se coincer les doigts au passage. Sans rentrer trop dans les détails, il faut prendre un arbre et percer son tronc d'un gros trou pour que passent 2 bouts de bois, un long (4m) et un court (1,5m) de manière horizontale + une souche en appui desdits bouts de bois. Un gamin se met debout à l'extrémité du bois le plus long et saute dessus, on insère la canne entre les bouts de bois, bref ça fait du bon jus ! Voire une bonne boisson fermentée prisée lors des fêtes.

Encore une petite navigation à la voile face au vent pour se rendre de Nargana à Isla Verde ; super manœuvres, le bateau est content et l'équipage aussi ! On retrouve les copains sur Plume et aussi Fabien et Mél sur Eolia, nos potes d'il y a 4 ans en Martinique ! Nous sommes enfin dans des eaux blue lagoon, on retouve le corail. On s'est un peu dépêché pour remonter la côte, passant des San Blas Sud authentiques mais aux eaux troubles, aux San Blas Nord touristiques, plus trop traditionnelles, mais aux eaux claires. C'est que nos mousses nous quittent bientôt, sniff. Quoiqu'on galère un peu pour s'en débarrasser ! Le 17 Janvier réveil 5h30 pour les accompagner au micro aéroport de Nargana, on leur file des GOL pour adoucir le départ, j'ai même une petite goutte qui perle…mais ils ratent leur coup, Osario le bon-à-rien ne leur a juste rien réservé du tout malgré ses « no problema, no problema », du coup l'avion est full et part sans eux. C'est une des rares fois où nous avons l'opportunité de voir Maylis, la douce et sage et gentille Maylis, presque s'énerver. Heureusement qu'il y avait un jour de marge ! « No problema, no problema, hay un avion mañana » mon œil oui… Le 18, réveil 3h30 qui dit mieux ? Cette fois-ci les 3 petits cochons partent en lancha jusqu'à Carti et récupèrent une jeep jusqu'à Panama City. Une page se tourne !

A bientôt pour plus d'aventures de Jotys à 2, la pêche à gogo et les recettes de poichon, la navigation dans des endroits paradisiaques, le kite, le bricolage, les copains et leurs huluberlus de copains….et aussi le passage du canal qu'on a réservé pour le 2 mars, oulala.

2 commentaires:

  1. l'aventure ethnographique me fait un peu penser à notre voyage au vietnam -quand on a visité des villages dans les montagnes (maison très sombre, sans fenêtre, avec un sol en terre battue, un feu au milieu (et la nourriture suspendue au-dessus) nourri par un tronc d'arbre entier qu'on fait glisser petit à petit dedans, et le petit cochon qui vadrouille partout, mais avec une télé satellite, quand même!

    ou les enfants curieux à qui on a donné des chewing gums mais qui les ont tout de suite crachés (la "menthe fraiche" de freedent n'est pas un gout inné on dirait...)

    là aussi comme c'est des ethnies qui parlent pas nécessairement vietnamien il est pas évident de communiquer (cela dit, ils doivent bien regarder la télé en vietnamien?)

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  2. Merci pour ces news! Je vois que vous en profitez bien! Même sans photos ça déchire! (bon on attend quand même les photos à la prochaine escale connectée!) Bonne continuation à 2 alors! J'avais pas réalisé qu'il fallait réserver pour le passage du canal! mais vu le trafic qu'il doit y avoir... j'vous imagine, Jotys au milieu des gros porte-containers! (c'est une commande de photo ça!)

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