vendredi 16 décembre 2011

D’Aruba à Carthagène : le Cap Horn des Antilles !

Pour rallier la Colombie depuis les Antilles Néerlandaises, il nous faut passer ‘le 4eme Cap’, ‘le Cap Horn des Antilles’, une zone faisant partie du ‘top 5 worst passages around the world’, j’ai nommé : Cabo de Vela, et plus largement les 400 milles nautiques qui séparent Aruba de Carthagène. Les alizés y soufflent particulièrement fort, coincés entre la dépression stationnant sur la Colombie et l’anticyclone de l’Atlantique. Cette accélération est renforcée par le relief montagneux de la Sierra Nevada de Santa Marta, 5000m+. A ce niveau également, les fonds remontent brutalement, et il n’est pas rare que la houle atteigne des creux de 7m, tout en étant très hachée.

Le Capitaine est donc très attentif à sa météo, et a repéré une bonne fenêtre, prévoyant un départ lundi 12 Décembre. On est conforté par les routeurs de nos copains Canadiens qui conseillent justement de traverser entre lundi et jeudi (tout comme avait prévu mon chéri, qu’est-ce qu’il est fort !).  2 itinéraires sont possibles, en suivant la cote, pour profiter (ou pas) du contre courant et des effets de cote sur le vent, ou au large (30 milles de la cote), ce qui semble moins risqué, bien que la houle puisse être forte. On prend l’option 2.


Lundi 8h30, nous prenons donc le large ; les affaires sont bien calées pour ne pas valdinguer à la gite, les bouteilles d’eau sont à portée de main, le thermos est plein, les sandwiches attendent sagement dans le frigo. Jotys file gaiement vent arrière, 1er jour, dauphins, 1ere nuit. La lune est encore bien ronde et la nuit claire, les mousses se relaient aux quarts toutes les 2-3h. Mais le temps n’a plus vraiment d’importance, et coule tout seul…
La houle vient par le Nord-est, les alizes soufflent à 15-20 nœuds du Nord Est également, ca roule (un peu) toujours. Mardi midi le Capitaine prépare la dorade péchée la veille en tartare, avec du chou chinois cru émincé. On se régale – Manu s’en tient à son régime soupe-noodles, les seuls aliments qu’il puisse ingurgiter. On lit, on glande, on se lave à l’eau de mer et on se rince à l’eau douce. Subitement, Pierre et Lili fourmissent de concert tout leur 4h ! Ils viennent d’avaler un vieux reste de sandwich au jambon… intoxication alimentaire ? Les mousses restés valides se font briefer rapidement : vous suivez bien les waypoints (points GPS), vous empannerez la, vous ferez ci, ca…
Est-ce le fait d’être malade ? Tous les mouvements du bateau semblent amplifiés. On se fait balloter dans les cabines, Jotys lofe, on dérape sur la couchette, ca grince ; c’est le frein de bôme qui gémit, c’est une drisse qui tape contre le mat ; ca cogne, c’est une porte qui bat, une bouteille d’eau qui roule d’un coté, de l’autre…d’un coté, de l’autre (bis repetita ad libitum – c’est latin ca ?). Chhh, chhh, les vagues bruissent le long de la coque. Le vent monte, un ris est pris, le génois enroulé à moitié. Manu essuie un grain tout seul dehors dans son ciré ; il y a 30 nœuds de vent, Jotys fait de longues embardées et accélère, tandis que Pierre à l’abri regarde ses afficheurs de vitesse : 9 nœuds, 9,5 nœuds !
A 4 ou 5h du mat, les noodles préparées par Maylis me semblent le mets le plus succulent du monde ; et le matin venu, chacun engloutit 2 œufs : ca retape ! La houle diminue et le vent tombe à mesure qu’on se rapproche de la cote, mais il faut encore vigilance garder. Car nous passons devant l’embouchure du fleuve Magdalena, qui draine le quart des eaux colombiennes et charrie des troncs et des souches d’arbre, des paquets de végétaux, et, comme nous l’assure Maylis le plus sérieusement du monde, des vaches (nous non plus, nous n’avons toujours pas trouvé d’où elle nous a sorti ca –tare d’agro certainement). En se trainant sur la fin, on finit par relâcher dans la baie de Punta Hermosa à 15h. Bilan de cette 1ere étape : 368 milles (680km) parcourus en 2 jours et 6h à une vitesse moyenne de 6,7 nœuds (12,4 km/h). Eh oui, le bateau à voile est le moyen le plus lent, le plus cher et le plus inconfortable pour voyager ! Dire qu’on aime ca… Mais ce n’est pas encore fini : hop hop hop, demain départ 6h si on veut arriver a Carthagène de jour (quelle vie !). On s’ouvre une boite de ratatouille avec de la semoule et à 20h00 tout le monde au lit. Bonheur suprême que de dormir à plat sans un bruit parasite !
Pour la 2eme étape, nous longeons la cote. Pas de vent = moteur non stop durant les 55 milles qui nous séparent de notre point d’arrivée. La nav’ est moins mouvementée, ce qui permet à Manu de préparer des croque monsieur pour les madames et des croque madame pour les messieurs. Grains sur grains en arrivant sur Carthagène. On négocie l’arrivée dans la baie par Boca Grande. Il s’agit de ne pas se prendre le mur ! Les Espagnols le construisirent à l’époque pour interdire le passage aux bateaux de ce coté ci, obligeant un long détour au sud par Boca Chica. Le mur est à fleur d’eau mais une passe est maintenant aménagée pour les embarcations à faible tirant d’eau. On rentre sans heurts, environnés de nombreux gratte ciels. Ca dépayse ! Nous resterons ici pour Noel et peut être le jour de l’an, histoire de voir du pays (et de se POSER).

Les îles ABC suite et fin

Aruba, Bonaire et Curaçao (ABC) sont les 3 îles sœurs des Antilles néerlandaises. Nous quittons donc Bonaire le 2 Décembre, non sans mal. La veille du départ, on a invité les Canadiens du voilier Perséides à un apéro dinatoire avec pizza maisons, toasts à la brandade de morue et tout et tout ; dans l’euphorie de la soirée, 1L de rhum disparaît on ne sait comment, résultat, on a beaucoup trop la flemme d’envoyer le spi pour se rendre à Curaçao. La navigation durera 8h. On pêche un genre de petite carangue et on vient mouiller à Spanish Water, une grande baie aux eaux vert mangrove qui se découvre après s’être faufilé dans une passe très étroite. On reste 1 semaine dans cette ile charmante.
La ville de Willemstad nous ravit par son architecture hollandaise et ses grandes façades colorées. Les gars sont comme des fous, c’est un peu comme vers chez eux (avec fricadelles et Cie) mais en mode tropical ; une Amsterdam Créole en somme. Les filles ont même une permission shopping. Je repère un short-cadeau d’anniversaire pour Pierre et réussis à le faire entrer dans un magasin (dans les 1ers jours du voyage, le Capt’n’ a fendu dans toute sa longueur 1 de ses 2 shorts qui n’est pas un short de bain). L’achat est expédié en 2min 30 chrono : essaie ça, trop petit, non, ça : non, ça : oui, ok on prend, c’est fait.

On loue une voiture-pot de yaourt type Picanto pendant quelques jours pour faire le tour de l’île. On se promène de Landhuis (anciennes maisons coloniales) +/- visitables en points d’intérêts +/- intéressants, en suivant lorsqu’on est perdu les autres Picanto qui doivent se rendre aux mêmes endroits que nous. L’ile est petite, mais on ne sait pas dans quelle mesure puisqu’aucune échelle ne figure sur notre carte. Du coup, la même scène se répète souvent : penchés sur ladite carte, on repère un truc intéressant ; le temps de lever la tête, ‘aaahil fallait tourner là !!’ mais trop tard, Pierre au volant vient de passer l’intersectionà fond (soit à 60km/h, ce qui est beaucoup pour une Picanto). On enchaine à un rythme soutenu tous les trucs à voir sur la carte, surtout que le 1er jour le temps pourri ne nous laisse pas trop le loisir de sortir de cet espace encore plus confiné que le bateau (à croire qu’on aime ça). La plantation d’aloevera : check. Playa Abao : check.LandhuisSavonet : check. Boca Tabla : check. Vas-y rapproche toi de la grille : check la Landhuis Jan Cock. 
On check aussi les flamingos, le domaine privé de l’hôtelHyatt (pour entrer : oui oui, on va prendre un verre – tu parles) et la fabrique de Curaçao of Curaçao, notamment les dégustations (sur lesquelles on tombe en 1erpar pur hasard). Le Curaçao bleu est fait à partir d’écorce d’oranges, pas bonnes et un peu rachitiques ; à l’origine les Espagnols ont introduit dans l’île des orangers Valencia (les oranges juteuses et sucrées qu’on connait) mais vu le climat et les sols arides ça n’a rien donné de bon. Ce sont les Hollandais qui ont découvert plus tard que l’écorce séchée de ces orangers-là contient une essence savoureuse. Après macération dans l’alcool, en rajoutant des épices et des trucs secrets, paf, ça fait des chocapics.

On profite du retour du beau temps pour randonner jusqu’au sommet du mont Christoffel qui culmine à… 375m.
Notre brave petite caisse nous est aussi utile pour aller de place en place essayer de faire réparer notre alternateur de malheur. L’alternateur est couplé à l’arbre d’hélice du bateau (c’est pas celui du moteur), donc quand on navigue à la voile, sous l’eau l’hélice tourne et entraîne l’alternateur qui devrait censément envoyer des Ampères-heures  dans les batteries et contribuer ainsi à alimenter le pilote automatique, le frigo ou notre machine à laver (mais non, si on en avait une, les gars changeraient plus souvent de caleçon lol).

Déjà à Bonaire, 3-4 magasins n’avaient rien pu faire pour notre alternateur. A Curaçao, le Napa nous conseille d’aller à Auto parts, qui nous renvoie vers Motor parts. Oui, ils peuvent bien tester l’alternateur et identifient la pièce défectueuse, le régulateur. Allons donc trouver un nouveau régulateur à Auto parts (je raccourcis, mais arriver à ce point nous prend déjà 6 jours –et le lendemain on quitte l’ile). Ah non, il faut aller à Venequip à l’autre bout de la ville…ça commence à être tendu niveau timing, la Chasse au trésor (on parodie l’émission télé) commence. Manu le co-pilot coach son frère : « Vas-y mon gars, à fond ! ». « Dans 3 minutes on y est » -ça tombe bien car il est 16h55 et ça ferme à 17h. La pièce est européenne, ils ne l’ont pas, car ici tout est américain ; il faut se rendre à Napa (encore). Virage mémorable de la Picanto dans les embouteillages, devant un panneau ‘interdit de faire demi-tour’. « Vas-y fonce !! » Accélération, iiiii (crissement de pneus), tous au rappel pour éviter de se renverser, crâââc (râpage de boite de vitesse), accélération, on est bon ! Napa non plus, tentez Euro parts (Manu est toujours le nez rivé sur la carte avec 1 rue sur 5 d’indiquée, aidé de super plans gribouillés). Euro parts vient de fermer mais on doit tirer une telle tronche que le gars dans sa voiture sort et réouvre son magasin : ah oui, il avait bien un régulateur comme ça… mais c’est en rupture de stock. Suite des péripéties le lendemain. Europarts n’a pas pu avoir la pièce mais nous dirige vers notre dernier espoir DynafCaribbean, sinon « forget about it » qu’ils nous disent. Eh non, c’est pas bon mais on a encore une dernière chance, il faut se rendre à MRC (un peu à la fois, on commence à connaitre les zones industrielles de Curaçao comme notre poche). Go gogo ! mais c’est fini, ils ne l’ont pas et l’équipe jaune abandonne. Manu résume la situation : c’est comme de chercher un hamburger Quick chez un Mc Do. Partie remise ?
Le 9 Décembre, on remonte l’ancre à 17h30 pour Aruba. On dit adieu ou à la prochaine aux potes qu’on s’est faits à cette escale, belges, canadiens, français, franco-australiens.
Tout le monde adore cette nav’ de nuit sous la pleine. Tiens ça fait 1 mois qu’on est parti ! Après avoir parcouru 65 milles, on pose pied à terre à 9h00 à Aruba pour les formalités, on se dirige vers le mouillage sous l’aéroport, on brunche à 11h30, hop un coup de dinghy et nous voilà à Oranjestad la capitale. Les bâtiments rosekitschou et les grands malls lui donnent un air de Disneyland. Après avoir marché sous le soleil, on engloutit chacun presqu’un demi litre de frappuccino au Starbuck’s du coin. En quête de bonne pizza, on se renseigne auprès d’un local : il propose le Pizza Hut à 2 pas (précisant : theysell the same shit around the world) ou alors il faut prendre un taxi. On opte pour la chaine mais on aurait été mieux au bateau, ces derniers jours les casseroles ayant vu passer un bœuf bourguignon, un poulet curry coco et ses petits légumes…

Les mésaventures de Jotys

Les iles et les tropiques, c’est bien, mais nous ne saurions être tout à fait honnêtes sans vous conter nos mésaventures avec les moustiques. Revenons un peu en arrière, nous sommes aux Roques et nous profitons de nos jolis mouillages tranquillou bilou. Notre guide nautique indique un “perfect lagoon anchorage” et une “open vista” de ouf à Carenero : nous y allons donc gaiement, et j’ajouterais même innocemment. Le 1er hic survient a la tombée du jour, au retour d’un PMT (encore des PMT, on sait Emile, mais y’a juste pas de vent ! sois-en certain, on guette l’occase de se targuer d’avoir fait du kite comme des ma-bouls) – bref, il est tard, et on dirait qu’on se fait piquer sur les seuls cm2 de peau non immergés, entre le haut du masque et le sommet du crane. Sérieux, vous avez déjà vu des moustiques piquer à travers le cuir chevelu ?? même les Duke brothers et leur touffe plus que conséquente ne sont pas épargnés. Des nuées de moustiques voraces nous attendent à la sortie de l’eau…

On est juste pris au piège comme des bleus derrière notre mangrove, il n’y a pas un pet d’air, on a 0 moustiquaire sauf une emportée de la maison, rangée au fin fond de la cabine avant sous les 4 kite et le kayak gonflable… sans surprise, on passe donc la nuit à se faire dévorer par ces sales bêtes minuscules. On se momifie avec nos draps - inutile de dire qu’on meurt de chaud la dessous, et puis ca pique au travers de toute façon et de tous cotes ; on se lève, on fait un tour sur le pont, on croise au passage un autre insomniaque, on entend les autres soupirer ou essayer d’éclater les bestioles à la main, on attend avec impatience le jour qui ne se lève décidément pas… on est vraiment tout misérable. On a bien pensé demander l’hospitalité a 1 des 2 gros yachts voisins sur-climatisés qui doivent certainement avoir une paire de boys à bord pour chasser les mouches en sus, mais bon. Ca c’est fait, nous avons pris connaissance de notre ennemi Numéro 1. Bilan, 69 piqures dans le dos du Capitaine, 30+22 sur les jambes de la seconde…
Le lendemain, la mine défaite, on déguerpit illico presto vers un mouillage sans mangrove (on est vacciné). L’heure fatidique de la fin de journée arrive, nous sommes à terre... Aie ca pique, oh non « c’est trop heurrible ! » (copyright Xavier Bray). On saute dans l’annexe, quelques moustiques nous suivent, quarantaine obligatoire avant d’aborder Jotys ! On s’inspecte, on se claque, ca a l’air d’aller.
Mais non ! Le cauchemar recommence, on fait sonner la cloche, branle-bas de combat. Pef et Lili installent la moustiquaire sur le pont à l’avant (endroit stratégique car le + venté) avec force pinces à linge et 2 petits matelas ; le reste de l’équipage sort les bidons de 5L d’eau de dessous les couchettes et les dispose au coin des lits pour échafauder des genres de cabanes. Ca fait pas une heure qu’on est couché, un grain (une averse) se pointe ; le plan moustiquaire tombe à l’eau, direction la cabine. Les mousses avec leurs bidons trop petits n’en mènent pas  plus large… mais les moustiques se montrent cléments et nous accordent du répit cette nuit-là.
On n’en entend plus le bzzz-qui-rend-fou dans nos oreilles… jusqu'à Bonaire. 1ere nuit affreuse (même topo : pas d’air, on crève de chaud, on est tout boursouflé le lendemain). La mission moustiquaire s’impose, on en achète 8m linéaires qu’on découpe aux dimensions des hublots et de la porte des cabines ; on va les avoir ces sales bêtes ! On installe tout ca avec du scotch gris.
Travail de pro ! À peine la porte-moustiquaire passée, le panneau entier se décroche. Shlouk ! Il tombe d’un coup d’un seul.  On apprend humblement la leçon : scotchage sommaire inefficace = nuit pourrie. L’achat de scratch pour maintenir le haut de la moustiquaire en place finit par nous rendre notre sommeil… ‘ il ne peut plus rien nous arriver, d’affreux, maintenant !’.



jeudi 1 décembre 2011

Bonaire ou le retour à la civilisation

On fait péter le spi pour notre dernière navigation avant d’atteindre la ville (c’est quoi déjà??) de Kralendijk à Bonaire, Antilles Néerlandaises. Certains (au masculin) attendaient cette escale impatiemment en rêvant depuis des jours déjà à un bon steak, d’autres (au féminin) à des fruits et légumes frais. Cette fois-ci ça ne rigole pas, on remplit comme il faut nos formalités de douane et immigration (ba oui c’est gratuit ;)). Ca fait tout drôle, on marche sur autre chose que du sable, autrement que pieds nus : on redécouvre les trottoirs et les tongs, et on file vite fait s’envoyer une petite pression. Puis on atterrit à la grande joie des Duyck dans un fritkot (baraque à frite telle qu’on en trouve dans le Nord de la France, en Belgique ou Hollande), pour le plus grand malheur des filles qui grimacent devant leur viande d’agneau ultra grasse et leurs frites baignant dans une mixture insipide sauce bbq/mayo. Heureusement, une virée au glacier du coin fait vite oublier ces malheurs.
Entre les allées et venues dans les magasins de bateau pour changer le thermostat du frigo (les mousses n’y étaient donc pour rien, la pièce était défectueuse et le frigo n’arrêtait pas de tourner, vidant donc les batteries à vive allure) et essayer de réparer l’alternateur d’arbre que les garçons montent et démontent tous les jours puis 10j, on profite tout de même des fonds absolument splendides de l’ile en plongée bouteille. On est fier de dire qu’on a vus 2 poissons perroquets verts DE LA TAILLE D’UNE PALME ! On est tellement débowdé (et fiou aussi) que pour le repas d’anniversaire de Pierre, on fait des pâtes carbo avec le paquet de lardons qui commençait à gonfler et une bougie sur une boite de conserve cocktail de fruits en guise de gâteau. Mais rassurez-vous : le lendemain Manu (le mousse admirable) nous rapporte 2 livres de steak de bœuf qu’on fera au barbec, et il prépare de la purée maison -qui envoie du steak également. Le Capitaine finit par avoir un gâteau digne de ce nom, ou plutôt une tarte au poire-chocolat customisée aux graines de sésame.

Pour finir, nous excursionnons de l’autre côté de l’île en prenant un taxico, après avoir marché dans la boue un petit moment et renoncé à notre plan vélo. A bord du taxico, 2 Canadiens qui sortent droit d’un méga bateau de croisière arrivé au port ce matin. Nous nous lamentons un peu sur notre sort : on pourrait pas nous aussi faire 1 an sur un bateau de croisière, plutôt que sur notre petit sloop ? On pourrait allumer toutes les lumières qu’on veut et ouvrir le frigo plein de fois par jour - on pourrait mettre la clim à donf au lieu de crever de chaud dans nos cabines minuscules avec les moustiques - on aurait des steak à volonté et des frites tous les jours (ou variante : ce serait open fruits et légumes), etc.

A part ça, tout va pour le mieux, nous nous dirigeons vers Curaçao prochainement (appareillage demain 2 Décembre) ; on boira des cocktail -à base de Curaçao- à votre santé et on vous expliquera l’origine de cet alcool. Bises à tout le monde, laissez des commentaires, envoyez des textos, ça nous fait très plaisir !

Au fait, comme c'est la ville on a oublié des prendre des photos... mais celles des iles du Venez sont dans l'onglet + de photos ! Et la carte Google map est à jour si vous voulez savoir où est Jotys...

Seuls au monde au nord du Venezuela : Blanquilla, les Roques et les Aves

14 Novembre : Départ de Carriacou 6h00, cap à l’ouest, envoyez toute la toile ! 
On s’essaie à la navigation ‘downwind’ qui durera 35h : voiles en ciseaux, tangonnage de génois, empannages. Les dolphins sont de la partie. Grenade est dans le travers de Jotys un bon moment, puis nous la laissons derrière nous. La nav’ de nuit se passe sans encombre, les quarts s’enchainent sous la marche lente des constellations. Le lendemain, on envoie le spinnaker (certains le surnomment ‘la voile de merde’ pour le bazar que l’opération demande – ceci étant, les mousses masterisent la manœuvre)  et après avoir doublé les Hermanos, une dorade coryphène nous ayant arraché au passage un de nos Poulpi (on a une très belle collection de leurres, merci Philippe et Romaing!), nous relâchons à la Blanquilla, ile du Venezuela. 

  A part les pécheurs et les garde-côtes (qu’on va préférer esquiver, hein…) il n’y a pour ainsi dire personne sur ce petit caillou plat bien paumé. Sous l’eau, on dévore des yeux les poissons anges énormes, les balistes titans balèzes, la flopée de poissons perroquets bleus, verts, arc en ciel, la foultitude de chirurgiens et les hordes de demoiselles. On troque un barracuda avec des pécheurs contre 2 Lorraine (bon débarras, à la longue cette bière nous sort par les trous de nez) ; l’occasion d’étrenner notre barbecue-inox – cadeau-de-départ ! Merci les copains ! Bon, 2h après, le charbon ne prend toujours pas, malgré la technique ‘PQ imbibé d’huile’ qui d’habitude, marche du feu de Dieu pour l’allumage de barbec. Les Duyck improvisent alors une mission nocturne pour aller à la rame récolter du bois sec sur la plage (à classer dans les scènes d’anthologie). 2h plus tard, le barra est au chaud dans nos estomacs… ça fait du bien !

17 Novembre, appareillage matinal pour l’archipel de Los Roques, qui appartient aussi au Venez. Après 24h de mer, on embouque la passe Sud Est dite boca de Sébastopol. C’est trop blue lagoon ! (ceci deviendra très rapidement notre rengaine, qu’on crie comme Philippe Katherine dans ‘C’est trop V.I.P !’). Dorénavant,  Jotys évolue dans la palette des bleu - marine, azur, ciel, turquoise, vert, profond, en évitant les hauts fonds et leurs patates de corail. On se croirait aux Tobago Cays, la Mecque du Sud des Antilles, mais en 20 fois mieux (bien plus grand, et avec 0 (zéro) gens au lieu de dizaines de catas).


La routine s’installe :
- petit dej de ouf (après avoir fait 2 fois des crêpes et 1 fois des pancakes Manu reçoit la distinction de ‘mousse admirable’)
- PMT (exploration sous-marine en Palmes Masque Tuba) – c’est comme les fruits et légumes, on en fait au moins 5 par jour pour maintenir en forme nos corps d’athlètes
- pêche de barracuda à la traine (sauf qu’après les avoir mangé crus 2x – marinés dans le citron, avec un filet d’huile d’olive, du gingembre et des oignons hachés menus, hmmm - au barbec 4x, poêlé 2x puis au court bouillon on finit par se lasser et on rejette nos 4ème et 5ème barras a l’eau)
- ascension au mât de Jotys : oui, on est bien environné de blue lagoon et d’iles de sable blanc et non, il n’y a toujours pas un pequenot à l’horizon
- sauts de puce de mouillage en mouillage : derrière la barrière de corail Est, sous le vent d’Espenqui, Sarqui, Carenero, Dos Mosquises, Cayo de Agua, Bequeve… bref, 6 jours de squat en esquivant les gardes côtes (qu’est-ce que tu préfères : payer 200$ ou 0$ ?)
- douche avec 1,15l d’eau douce (contenance d’une bouteille Quezac) au coucher du soleil, lequel est immanquablement magnifique, suivi de l’apéro et d’un bon petit plat.

C’est la grande vie !


Extraits  (enregistrés à partir de 10-15jours de voyage) :
« Tiens faudrait ptêt’ que je me rase » - Pef
« Arrêtez d’ouvrir ce frigo toutes les 5 minutes ! Les batteries sont seulement à 12,1V ! » - Le Capitaine à son équipage soi-disant mal discipliné
« Je vais te latter ! » - Manu à Pef
[avec fierté] « Regarde chéwie je mets un nouveau caleçon !! » - Pef à Lili
« Pipiiii » - Maylis tous les matins, en courant à la jupe arrière
« Ils sont où les dessous de plat ? » - Pef. -> ils sont dans l’équipet de droite avec toutes les casseroles, celui qu’on ouvre à peu près 15x par jour depuis 15 jours
« Oh je suis vacciné de cette mangrove » - l’ensemble de l’équipage, vous comprendrez plus loin pourquoi.

23 Novembre 7h00. Remontez l’ancre, hissez la grand voile, envoyez le génois ! Jotys trace comme un ma-boul, pointe dans un surf à 9,9 nœuds, yeeehah, tout le monde a le sourire aux lèvres … et Manu n’a même pas fourmi (du verbe fourmir, 2ème groupe, synonyme de vomir). A 11h00 nous mouillons par 7m de fond de sable à la Isla Sur des Aves de Sotovento. Aves signifie oiseaux en Espagnol, et les parages en sont effectivement claffis. Il y en a des gris avec le bec bleu clair, la gorge blanche, les pattes palmées orange, ce sont mes préférés. Aux Aves de Sotovento, on dégotte un mouillage très chouette sous le vent  d’Isla Palmera avec joli PMT et petites iles de sable blanc et désertes pas mal photogéniques (je sais, je me répète)...