vendredi 16 décembre 2011

D’Aruba à Carthagène : le Cap Horn des Antilles !

Pour rallier la Colombie depuis les Antilles Néerlandaises, il nous faut passer ‘le 4eme Cap’, ‘le Cap Horn des Antilles’, une zone faisant partie du ‘top 5 worst passages around the world’, j’ai nommé : Cabo de Vela, et plus largement les 400 milles nautiques qui séparent Aruba de Carthagène. Les alizés y soufflent particulièrement fort, coincés entre la dépression stationnant sur la Colombie et l’anticyclone de l’Atlantique. Cette accélération est renforcée par le relief montagneux de la Sierra Nevada de Santa Marta, 5000m+. A ce niveau également, les fonds remontent brutalement, et il n’est pas rare que la houle atteigne des creux de 7m, tout en étant très hachée.

Le Capitaine est donc très attentif à sa météo, et a repéré une bonne fenêtre, prévoyant un départ lundi 12 Décembre. On est conforté par les routeurs de nos copains Canadiens qui conseillent justement de traverser entre lundi et jeudi (tout comme avait prévu mon chéri, qu’est-ce qu’il est fort !).  2 itinéraires sont possibles, en suivant la cote, pour profiter (ou pas) du contre courant et des effets de cote sur le vent, ou au large (30 milles de la cote), ce qui semble moins risqué, bien que la houle puisse être forte. On prend l’option 2.


Lundi 8h30, nous prenons donc le large ; les affaires sont bien calées pour ne pas valdinguer à la gite, les bouteilles d’eau sont à portée de main, le thermos est plein, les sandwiches attendent sagement dans le frigo. Jotys file gaiement vent arrière, 1er jour, dauphins, 1ere nuit. La lune est encore bien ronde et la nuit claire, les mousses se relaient aux quarts toutes les 2-3h. Mais le temps n’a plus vraiment d’importance, et coule tout seul…
La houle vient par le Nord-est, les alizes soufflent à 15-20 nœuds du Nord Est également, ca roule (un peu) toujours. Mardi midi le Capitaine prépare la dorade péchée la veille en tartare, avec du chou chinois cru émincé. On se régale – Manu s’en tient à son régime soupe-noodles, les seuls aliments qu’il puisse ingurgiter. On lit, on glande, on se lave à l’eau de mer et on se rince à l’eau douce. Subitement, Pierre et Lili fourmissent de concert tout leur 4h ! Ils viennent d’avaler un vieux reste de sandwich au jambon… intoxication alimentaire ? Les mousses restés valides se font briefer rapidement : vous suivez bien les waypoints (points GPS), vous empannerez la, vous ferez ci, ca…
Est-ce le fait d’être malade ? Tous les mouvements du bateau semblent amplifiés. On se fait balloter dans les cabines, Jotys lofe, on dérape sur la couchette, ca grince ; c’est le frein de bôme qui gémit, c’est une drisse qui tape contre le mat ; ca cogne, c’est une porte qui bat, une bouteille d’eau qui roule d’un coté, de l’autre…d’un coté, de l’autre (bis repetita ad libitum – c’est latin ca ?). Chhh, chhh, les vagues bruissent le long de la coque. Le vent monte, un ris est pris, le génois enroulé à moitié. Manu essuie un grain tout seul dehors dans son ciré ; il y a 30 nœuds de vent, Jotys fait de longues embardées et accélère, tandis que Pierre à l’abri regarde ses afficheurs de vitesse : 9 nœuds, 9,5 nœuds !
A 4 ou 5h du mat, les noodles préparées par Maylis me semblent le mets le plus succulent du monde ; et le matin venu, chacun engloutit 2 œufs : ca retape ! La houle diminue et le vent tombe à mesure qu’on se rapproche de la cote, mais il faut encore vigilance garder. Car nous passons devant l’embouchure du fleuve Magdalena, qui draine le quart des eaux colombiennes et charrie des troncs et des souches d’arbre, des paquets de végétaux, et, comme nous l’assure Maylis le plus sérieusement du monde, des vaches (nous non plus, nous n’avons toujours pas trouvé d’où elle nous a sorti ca –tare d’agro certainement). En se trainant sur la fin, on finit par relâcher dans la baie de Punta Hermosa à 15h. Bilan de cette 1ere étape : 368 milles (680km) parcourus en 2 jours et 6h à une vitesse moyenne de 6,7 nœuds (12,4 km/h). Eh oui, le bateau à voile est le moyen le plus lent, le plus cher et le plus inconfortable pour voyager ! Dire qu’on aime ca… Mais ce n’est pas encore fini : hop hop hop, demain départ 6h si on veut arriver a Carthagène de jour (quelle vie !). On s’ouvre une boite de ratatouille avec de la semoule et à 20h00 tout le monde au lit. Bonheur suprême que de dormir à plat sans un bruit parasite !
Pour la 2eme étape, nous longeons la cote. Pas de vent = moteur non stop durant les 55 milles qui nous séparent de notre point d’arrivée. La nav’ est moins mouvementée, ce qui permet à Manu de préparer des croque monsieur pour les madames et des croque madame pour les messieurs. Grains sur grains en arrivant sur Carthagène. On négocie l’arrivée dans la baie par Boca Grande. Il s’agit de ne pas se prendre le mur ! Les Espagnols le construisirent à l’époque pour interdire le passage aux bateaux de ce coté ci, obligeant un long détour au sud par Boca Chica. Le mur est à fleur d’eau mais une passe est maintenant aménagée pour les embarcations à faible tirant d’eau. On rentre sans heurts, environnés de nombreux gratte ciels. Ca dépayse ! Nous resterons ici pour Noel et peut être le jour de l’an, histoire de voir du pays (et de se POSER).

8 commentaires:

  1. à propos de sandwich, nous sommes rentrés en angleterre avec trois valises cassées, pas de bol... j'y viens, j'avais laissé à mike l'appartement à nettoyer (ben oui, quoi, moi j'ai rangé!) et lui avais laissé des instructions pour prendre un super picnic que j'avais préparé avec les restes : pizza, crepes au fromage, saucisson, fromages de vache et de chevre, fromage blanc, tt ca bien empaqueté dans des boites et mon petit tuperware... mais il l'a oublié!!! résultat, nous avons pris un sandwich (et un muffin) dans la salle d'attente eurostar! (j'ai eu chaud car entre temps j'avais perdu mon billet mais il m'ont fait un duplicata)
    c'est bien d'être de retour à la maison, mais qu'est-ce qu'il fait froid dans ce pays!

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  2. On vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année, c'est vraiment chouette de pouvoir suivre votre aventure, ici au port du Marin , rien de nouveau , on a eu la visite éclair de Thomas qui était en pleine forme.
    Au plaisir de vous lire
    Sandra et jean marie (asteria)

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  3. Bonnes fêtes de fin d'année !!!
    Toujours plaisant de lire vos histoires...je note la conduite de Pef ne change pas selon les voitures Allez courage
    Guindoule
    Marie et Seb.

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  4. ah vous nous donnez du rêve les p'tits mousses!
    profitez bien! la bonne chouille de fin d'année et sans moustiques :-) (sinon y'a super timor)

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  5. SUPER! EXCELLENT! Je vibre sur le flot de la prose d'un parfait écrivain (qui est l'auteur???!!) et des aventures de Jotys! Je suis impressionné par l'organisation! NIIIIIKEL! continuez comme ca! j'attends avec impatience le nouvel épisode des aventures de Jotys!

    bonnes fêtes de fin d'année et grosses bises d'un leptospiro-méningo-man

    bapt

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  6. oueppp ! Je rajouterai même plus : Bonnes fêtes de fin de néné !

    Gros gros bisous !
    Pierre et Daphné

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  7. bonjour la compagnie
    un petit message de calais ,magnifiques récits de vos aventures, bien pour les piqures de moustiques cool.....
    Je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d"année , une super année 2012 , je crois que c'est bien parti, envoyez nous des photos et récits qui nous font rêver
    Bises à tous
    Isabelle et jean jacques

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  8. Trop bon! Bonne année à vous et bonne nav!
    Adeline et Thomas

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